Schwäbisch Hall et le projet de plafonner le prix de la bière

Au printemps 2022, des conseillers municipaux de Schwäbisch Hall, ville du Bade-Wurtemberg, ont proposé que la commune subventionne la bière servie dans les bars du centre afin que le client ne paie pas plus de 4 euros le litre. Il s'agissait d'aider les bars affaiblis par le Covid. Le projet a été contesté par le maire et une partie du conseil, notamment pour des raisons de santé publique.
- La proposition visait à plafonner le prix payé par le client à 2 euros la chope d'un demi-litre, soit 4 euros le litre.
- La commune aurait pris en charge la différence entre ce plafond et le prix pratiqué par le bar.
- La mesure s'inscrivait dans un plan de revitalisation du centre-ville après les fermetures liées au Covid.
- Le maire et plusieurs élus s'y sont opposés, jugeant qu'une collectivité ne devait pas encourager la consommation d'alcool.
- Les organisations de santé considèrent au contraire le prix comme un levier pour réduire les consommations à risque.
Sommaire
Où se trouve Schwäbisch Hall ?
Schwäbisch Hall est une ville moyenne du nord-est du Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest de l'Allemagne. Son centre ancien, aux maisons à colombages et à l'escalier monumental de l'église Saint-Michel, attire de nombreux visiteurs. La ville doit une partie de sa prospérité historique à ses sources salées, et elle a donné son nom au « heller », une petite monnaie médiévale frappée à Hall et diffusée dans tout l'Empire.
Comme beaucoup de centres-villes européens, celui de Schwäbisch Hall a souffert des périodes de fermeture imposées pendant la pandémie de Covid-19. C'est dans ce contexte qu'est apparue, au printemps 2022, une proposition inhabituelle : faire baisser le prix de la bière servie dans les bars.
En quoi consistait la proposition ?
L'idée, présentée au conseil municipal, faisait partie d'un plan plus large de revitalisation du centre-ville. Ses défenseurs, parmi lesquels le conseiller municipal Tilmann Finger, mettaient en avant la situation des débits de boissons : fermés pendant de longs mois, puis autorisés à rouvrir sous conditions strictes (jauges limitées, présentation d'un certificat sanitaire, le « pass » vert), ils avaient perdu une part importante de leur chiffre d'affaires.
Le principe était simple : le client ne paierait pas plus de 2 euros pour une chope d'un demi-litre, soit 4 euros le litre. La commune verserait au bar la différence entre ce plafond et le prix habituellement pratiqué.
| Prix de la chope (0,5 l) pratiqué par le bar | Payé par le client | Pris en charge par la commune |
|---|---|---|
| 3,70 € | 2,00 € | 1,70 € |
| 4,50 € | 2,00 € | 2,50 € |
L'exemple de 3,70 euros reprend le prix moyen d'une pinte en Allemagne cité à l'époque d'après le site collaboratif Numbeo, une estimation déclarative qui varie fortement selon les villes et les établissements.
Pourquoi le projet a-t-il été contesté ?
La proposition n'a pas fait l'unanimité, loin de là. Selon la radio-télévision publique régionale SWR, le maire de la ville, Daniel Bullinger, ainsi que de nombreux conseillers municipaux se sont prononcés contre.
Les arguments des opposants étaient de plusieurs ordres :
- La santé publique : une collectivité qui subventionne l'alcool envoie un signal contraire aux messages de prévention, qui visent à réduire la consommation.
- L'usage de l'argent public : financer une boisson plutôt que des loyers commerciaux, des animations ou des aides directes aux établissements pose question.
- Le contexte sanitaire : en pleine sortie de pandémie, encourager les rassemblements dans les bars paraissait prématuré à certains élus.
- La légalité : la mesure devait être examinée au regard du droit allemand, notamment des règles de protection de la santé et de la jeunesse.
En l'état des informations disponibles, nous ne sommes pas en mesure de confirmer que le plafonnement a été effectivement adopté et appliqué. Le titre d'origine de cet article, qui annonçait une décision prise, allait plus loin que les faits rapportés.
Que dit la santé publique sur le prix de l'alcool ?
Le débat de Schwäbisch Hall touche à une question bien documentée : le lien entre le prix de l'alcool et le niveau de consommation. L'Organisation mondiale de la santé compte l'augmentation des prix, par la fiscalité ou des prix minimaux, parmi les mesures les plus efficaces pour réduire les consommations à risque. Plusieurs pays ou régions, comme l'Écosse, ont instauré un prix minimum par unité d'alcool. Une subvention publique qui fait baisser le prix va, logiquement, dans le sens inverse.
En Allemagne, le Centre allemand pour les questions de dépendance (DHS) publie chaque année des estimations sur la consommation. Selon les chiffres cités dans le débat, environ 7,8 millions de personnes de 18 à 64 ans auraient une consommation d'alcool à risque, et quelque 74 000 décès par an seraient liés à l'alcool, seul ou associé au tabac. Ces ordres de grandeur expliquent la réticence d'une partie des élus.
En France, les autorités de santé recommandent de ne pas dépasser 10 verres standard par semaine, 2 verres par jour, et d'avoir des jours sans alcool dans la semaine. Des informations et une aide sont disponibles auprès du service public Alcool Info Service.
Quelle place tient la bière dans la culture allemande ?
La bière occupe une place particulière en Allemagne, où la consommation par habitant figure parmi les plus élevées d'Europe, même si elle recule depuis plusieurs décennies. Le pays revendique une longue tradition brassicole, illustrée par le « Reinheitsgebot », décret bavarois de 1516 qui limitait les ingrédients autorisés, et par une multitude de brasseries locales, de biergärten et de fêtes populaires.
Le Bade-Wurtemberg ne fait pas exception, avec ses brasseries régionales et ses fêtes de village. Dans ce contexte, le prix de la chope est un sujet sensible, régulièrement commenté lors des grandes fêtes où il atteint des niveaux élevés. La proposition de Schwäbisch Hall s'inscrivait dans cette culture du bar comme lieu de sociabilité, que ses défenseurs voulaient préserver.
Pour situer le marché, notre article sur les plus grands producteurs de bière dans l'Union européenne rappelle le poids de l'Allemagne dans le secteur brassicole, et celui consacré à une petite bière artisanale belge face aux multinationales montre la diversité des acteurs.
Quelles autres pistes pour soutenir les bars ?
Le soutien aux cafés et bars après la pandémie a pris d'autres formes dans de nombreuses villes européennes, sans toucher au prix des boissons alcoolisées :
- extension gratuite des terrasses sur l'espace public ;
- exonération ou réduction temporaire des redevances et taxes locales ;
- aides directes ou prêts aux établissements ;
- programmes d'animation du centre-ville (marchés, concerts, fêtes) ;
- campagnes de communication incitant à fréquenter les commerces de proximité.
Ces mesures visent le même objectif de revitalisation, sans exposer la collectivité aux critiques liées à la promotion de l'alcool. L'épisode de Schwäbisch Hall reste à ce titre un exemple révélateur des tensions entre soutien à l'économie locale et politique de santé publique.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Cet article est informatif : Pays d'Armagnac ne vend pas d'alcool.
Questions fréquentes
Le prix de la bière a-t-il vraiment été plafonné à Schwäbisch Hall ?
En 2022, il s'agissait d'une proposition discutée au conseil municipal, contestée par le maire et plusieurs élus. Nous n'avons pas pu confirmer qu'elle ait été adoptée puis appliquée. Pour connaître l'issue exacte du projet, il faut se reporter aux délibérations municipales ou à la presse régionale allemande.
Comment fonctionnait la subvention proposée ?
Le client aurait payé au maximum 2 euros la chope d'un demi-litre, soit 4 euros le litre. La commune aurait remboursé au bar la différence avec son prix habituel : pour une chope vendue 3,70 euros, elle aurait versé 1,70 euro par consommation.
Pourquoi des élus s'y sont-ils opposés ?
Les opposants estimaient qu'une commune ne devait pas faire baisser le prix de l'alcool, ce qui contredit les politiques de prévention. Ils s'interrogeaient aussi sur l'usage de l'argent public, sur le contexte sanitaire de sortie de pandémie et sur la compatibilité de la mesure avec le droit allemand.
Le prix influence-t-il la consommation d'alcool ?
Oui, selon de nombreux travaux de santé publique. L'Organisation mondiale de la santé considère l'augmentation du prix de l'alcool comme l'une des mesures les plus efficaces pour réduire les consommations à risque. À l'inverse, une baisse de prix tend à favoriser une hausse de la consommation.
Sources et pour aller plus loin
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