PET recyclé : pourquoi les PME des boissons réclament un accès équitable

Le PET recyclé (rPET) issu des bouteilles de boissons est très demandé en Europe, car il est l'un des rares plastiques recyclés aptes au contact alimentaire. Les producteurs de boissons doivent en intégrer une part croissante dans leurs bouteilles, mais ils sont en concurrence avec d'autres secteurs. Les PME, qui n'ont pas les moyens de suivre les prix, demandent un droit prioritaire sur le rPET issu de leurs propres emballages.
- La législation européenne impose aux bouteilles de boissons en PET une part minimale de plastique recyclé, qui augmente à partir de 2025 puis de 2030.
- La demande de PET recyclé de qualité alimentaire dépasse l'offre, ce qui fait monter les prix au-dessus de ceux du PET vierge.
- Le rPET des bouteilles est aussi acheté par le textile, l'automobile ou d'autres emballages, qui ne sont pas soumis aux mêmes obligations.
- Les petites et moyennes entreprises du secteur sont les plus exposées à cette flambée des prix.
- Elles réclament un « droit de premier refus » pour racheter en priorité le matériau recyclé issu des emballages qu'elles ont mis sur le marché.
Sommaire
Qu'est-ce que le PET recyclé et pourquoi est-il si recherché ?
Le PET (polyéthylène téréphtalate) est le plastique transparent des bouteilles d'eau, de sodas et de jus. Une fois collectées et triées, ces bouteilles sont broyées, lavées puis transformées en paillettes ou en granulés : c'est le PET recyclé, souvent abrégé rPET.
Ce matériau a une particularité précieuse. Issu de bouteilles de boissons, il peut, grâce à des procédés de décontamination autorisés, être réutilisé pour fabriquer de nouvelles bouteilles au contact des aliments. Les règles européennes sur les matières plastiques recyclées destinées au contact alimentaire sont strictes, et le PET des bouteilles est aujourd'hui le principal flux capable de les respecter à grande échelle. On parle alors de recyclage « en boucle fermée » ou « de bouteille à bouteille ».
Résultat : tout le monde veut du rPET de qualité alimentaire. Les producteurs de boissons en ont besoin pour respecter leurs obligations, les autres fabricants d'emballages alimentaires aussi, et des secteurs comme le textile ou l'automobile en achètent pour afficher des contenus recyclés dans leurs produits. La demande dépasse largement l'offre.
Voici une vidéo présentant le PET recyclé :
Quelles obligations pèsent sur les producteurs de boissons ?
Les producteurs de boissons ne sont pas logés à la même enseigne que les autres utilisateurs de plastique recyclé. Dans l'Union européenne, la directive sur les plastiques à usage unique de 2019 leur impose plusieurs contraintes :
| Obligation | Ce qu'elle impose aux bouteilles de boissons |
|---|---|
| Contenu recyclé | Une part minimale de plastique recyclé dans les bouteilles en PET à partir de 2025, puis dans l'ensemble des bouteilles en plastique à partir de 2030 |
| Collecte séparée | Des objectifs de collecte des bouteilles en plastique de plus en plus élevés d'ici la fin de la décennie |
| Conception | Des bouchons qui restent attachés à la bouteille |
| Sécurité alimentaire | Des emballages conformes aux règles sur les matériaux au contact des denrées |
Ces entreprises doivent en outre investir dans la recyclabilité de leurs emballages, financer leur collecte et leur recyclage via les filières de responsabilité élargie du producteur, et elles peuvent recycler plusieurs fois le même matériau en boucle fermée. En France, la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire (loi AGEC) de 2020 a renforcé ce cadre.
Paradoxalement, malgré ces obligations et ces investissements, de nombreux producteurs de boissons non alcoolisées ont un accès limité, voire nul, au rPET issu de leurs propres bouteilles.
Pourquoi les PME sont-elles les plus menacées ?
Le prix du rPET est aujourd'hui fixé par ce que le plus offrant accepte de payer. Les grands groupes des boissons, de l'agroalimentaire, du textile ou de l'automobile peuvent s'engager sur de gros volumes et des contrats longs. Les petites et moyennes entreprises, elles, n'ont pas ce pouvoir de négociation.
En 2022, les représentants du secteur faisaient état d'une prime importante et record du rPET par rapport au PET vierge, alors même que le matériau recyclé devrait, dans une logique d'économie circulaire, être compétitif. Le producteur portugais d'eau minérale Água de Monchique, une PME, expliquait ainsi que le prix du rPET était déjà bien trop élevé pour lui, et que la situation risquait d'empirer lorsque davantage d'entreprises chercheraient à atteindre les objectifs de 2025 et 2030.
Le témoignage venait aussi de Slovénie, où le secteur des boissons est composé en grande majorité de PME, dont beaucoup se disaient confrontées à une crise sérieuse en raison de la hausse des prix et de l'indisponibilité du matériau recyclé.
Deux conséquences sont pointées par le secteur :
- Une injustice réglementaire : des entreprises soumises à des objectifs légaux de contenu recyclé ne parviennent pas à acheter le matériau qui leur permettrait de s'y conformer.
- Un effet pervers pour l'environnement : la tarification actuelle favorise le « décyclage » (downcycling), c'est-à-dire la transformation de bouteilles en fibres textiles ou en pièces qui ne seront plus recyclées ensuite, au détriment du recyclage de bouteille à bouteille, qui peut se répéter.
Qu'est-ce que le droit de premier refus demandé par le secteur ?
Pour sortir de cette impasse, les producteurs de boissons proposent un mécanisme d'accès prioritaire, aussi appelé droit de premier refus. Le principe est simple :
- Chaque producteur, du plus petit au plus grand, met des bouteilles recyclables sur le marché européen.
- Une fois ces bouteilles collectées et recyclées, il dispose d'une priorité pour racheter une quantité de rPET correspondant à ce qu'il a mis sur le marché, après ajustement selon les taux de collecte et de recyclage réels.
- Le matériau qu'il ne rachète pas reste disponible pour les autres acheteurs.
Selon ses défenseurs, un tel système permettrait à tous les producteurs, y compris les PME, d'atteindre leurs objectifs de contenu recyclé. Il favoriserait le recyclage en boucle fermée plutôt que le décyclage, et inciterait les autres secteurs à investir dans la recyclabilité et la collecte de leurs propres produits au lieu de s'approvisionner en bouteilles de boissons.
Cette demande a été portée en 2022 dans le cadre de la révision de la législation européenne sur les emballages et les déchets d'emballages, qui a abouti à un règlement européen. Le détail des dispositions retenues doit être consulté dans le texte final.
Et les vins et spiritueux dans tout cela ?
Les vins et spiritueux, dont l'Armagnac, sont très majoritairement conditionnés en verre, un matériau recyclable à l'infini. Ils sont donc peu concernés par la pénurie de rPET. Le débat les touche pourtant indirectement : la législation européenne pousse aussi le réemploi des emballages, sujet sur lequel l'ensemble des producteurs de boissons est mobilisé, comme l'a montré la position de l'industrie des boissons face aux objectifs de réutilisation obligatoires. Sur les autres engagements du secteur des boissons sans alcool, on pourra lire notre article sur l'industrie européenne des boissons rafraîchissantes.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Cet article est informatif : Pays d'Armagnac ne vend pas d'alcool.
Questions fréquentes
Quelle différence entre PET vierge et PET recyclé ?
Le PET vierge est fabriqué à partir de matières premières d'origine pétrolière. Le PET recyclé provient de bouteilles collectées, triées, lavées puis transformées en paillettes ou granulés. Pour redevenir une bouteille au contact des aliments, il doit passer par un procédé de décontamination autorisé par la réglementation européenne.
Pourquoi le PET recyclé coûte-t-il plus cher que le PET vierge ?
Parce que la demande de rPET de qualité alimentaire dépasse l'offre disponible. Les producteurs de boissons, soumis à des objectifs légaux de contenu recyclé, sont en concurrence avec d'autres secteurs qui en achètent aussi. Le prix est alors fixé par l'acheteur le plus offrant, au détriment des petites entreprises.
Qu'appelle-t-on le décyclage ?
Le décyclage, ou downcycling, désigne un recyclage qui transforme un matériau en un produit de moindre valeur, qui ne pourra généralement plus être recyclé ensuite. C'est le cas lorsqu'une bouteille en PET devient une fibre textile, par opposition au recyclage de bouteille à bouteille, répétable plusieurs fois.
Le droit de premier refus a-t-il été adopté ?
La demande a été formulée lors de la révision de la législation européenne sur les emballages, qui a abouti à un nouveau règlement. Pour savoir précisément ce qui a été retenu en matière d'accès au plastique recyclé, il faut se reporter au texte publié au Journal officiel de l'Union européenne.
Sources et pour aller plus loin
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