Insécurité alimentaire : quatre plantes résistantes à redécouvrir

Face à l'insécurité alimentaire aggravée par la pandémie et le changement climatique, le Forum économique mondial a mis en avant des plantes peu connues mais nutritives et robustes. Parmi elles : le cucamelon, petit fruit mexicain proche du concombre, la mashua, tubercule andin, le pandanus, arbre tropical résistant au vent et au sel, et l'ensete, « faux bananier » qui nourrit des millions d'Éthiopiens.
- Selon l'ONU, environ 768 millions de personnes étaient sous-alimentées dans le monde en 2020, dont plus de la moitié en Asie.
- Le changement climatique multiplie les mauvaises récoltes, ce qui pousse à chercher des cultures plus robustes.
- Le cucamelon et la mashua résistent bien à la sécheresse, aux ravageurs ou aux sols pauvres.
- Le pandanus supporte la sécheresse, les vents violents et les embruns salés.
- L'ensete, cousin du bananier, est déjà un aliment de base pour des millions de personnes en Éthiopie.
Sommaire
Qu'est-ce que l'insécurité alimentaire ?
On parle d'insécurité alimentaire lorsqu'une personne n'a pas un accès régulier à une nourriture suffisante, sûre et nutritive pour mener une vie active et en bonne santé. Elle peut être modérée (repas sautés, alimentation de moins bonne qualité) ou grave (journées entières sans manger). C'est l'un des grands problèmes de notre époque, et la pandémie de Covid-19 l'a aggravé en perturbant les revenus, les échanges et les chaînes d'approvisionnement. Les conflits jouent aussi un rôle majeur, comme l'a montré l'impact de la guerre en Ukraine sur les systèmes alimentaires mondiaux.
Combien de personnes sont concernées dans le monde ?
Selon les statistiques des Nations unies, environ 768 millions de personnes étaient sous-alimentées dans le monde en 2020. La répartition est très inégale :
| Région | Personnes sous-alimentées en 2020 (ONU) |
|---|---|
| Asie | environ 418 millions |
| Afrique | environ 282 millions |
| Amérique latine et Caraïbes | environ 60 millions |
L'ONU reconnaît que le monde ne progresse pas vers son objectif de garantir à tous, toute l'année, l'accès à une alimentation sûre, nutritive et suffisante. Le changement climatique complique encore la tâche : les fortes chaleurs, les sécheresses et les phénomènes météorologiques extrêmes augmentent la probabilité de mauvaises récoltes, en particulier dans les régions déjà vulnérables.
Une piste consiste à diversifier les cultures. Une grande partie de l'alimentation mondiale repose sur un petit nombre d'espèces (blé, riz, maïs, pomme de terre), sensibles aux mêmes aléas. Le Forum économique mondial a ainsi identifié plusieurs plantes à la fois nutritives et résistantes aux conditions extrêmes et aux sols difficiles. En voici quatre.
Le cucamelon, un mini-concombre résistant
Melothria scabra, communément appelé cucamelon, est aussi connu sous les noms de pastèque miniature mexicaine, concombre aigre mexicain, cornichon aigre mexicain, melon de souris ou pepquinos. C'est une plante grimpante de la famille des cucurbitacées, apparentée au concombre, originaire du Mexique et d'Amérique centrale.
Ses fruits ont à peu près la taille d'un grain de raisin et ressemblent à de minuscules pastèques. Leur goût évoque le concombre relevé d'une pointe de citron vert. Les peuples autochtones les consomment depuis bien avant la colonisation européenne des Amériques. On les croque crus, en salade ou marinés comme des cornichons.
Son principal atout, par rapport à d'autres plantes de la même famille, tient à sa bonne résistance à la sécheresse et aux ravageurs.
La mashua, un tubercule des Andes
Tropaeolum tuberosum, ou mashua, est une plante apparentée à la capucine de nos jardins. Elle est parfois cultivée comme plante ornementale pour ses fleurs aux couleurs vives, mais surtout pour ses tubercules comestibles, que l'on consomme cuits, bouillis ou rôtis, comme un légume.
Originaire des Andes, la mashua pousse vigoureusement, même dans des sols pauvres. Elle concurrence bien les mauvaises herbes, s'adapte à l'agriculture de subsistance en haute altitude et offre des rendements élevés. Ces qualités en font une culture intéressante pour les petites exploitations de montagne, où peu d'autres espèces réussissent.
Le pandanus, l'arbre des littoraux
Pandanus, aussi appelé palmier à vis ou pin à vis, est un genre d'arbres et d'arbustes ressemblant à des palmiers, originaires des régions tropicales et subtropicales de l'Ancien Monde. Madagascar et la Malaisie comptent une grande partie des espèces. Ces plantes supportent la sécheresse, les vents violents et les embruns salés, ce qui leur permet de pousser sur des littoraux où la plupart des cultures échouent.
Les feuilles et les fruits de certaines espèces sont comestibles. Les fruits des espèces à fruits moyens ou gros se mangent crus ou cuits lorsqu'ils sont bien mûrs, et même partiellement mûrs s'ils sont cuits. Les feuilles parfument de nombreux plats et desserts en Asie du Sud-Est et servent aussi à la vannerie et à divers objets artisanaux.
L'ensete, le « faux bananier » d'Éthiopie
Ensete ventricosum, appelé ensete, bananier d'Éthiopie ou faux bananier, est un cousin du bananier originaire d'Afrique de l'Est. En Éthiopie, il constitue déjà un aliment de base pour environ 20 millions de personnes, selon les estimations couramment citées. Contrairement au bananier, on ne consomme pas ses fruits : ce sont la tige et la base souterraine, riches en amidon, qui sont transformées, souvent après fermentation, en bouillie et en pain.
L'ensete tolère la sécheresse, les inondations et les fortes températures. Une plante peut en outre être récoltée à différents stades, ce qui en fait une réserve alimentaire précieuse lors des périodes de disette.
Ces plantes peuvent-elles vraiment changer la donne ?
Ces espèces ne remplaceront pas les grandes céréales, mais elles présentent des avantages réels :
- Diversifier les cultures pour réduire la dépendance à quelques espèces vulnérables aux mêmes maladies ou aux mêmes aléas climatiques.
- Valoriser les terres marginales (sols pauvres, altitude, littoraux salés) où les cultures classiques donnent peu.
- Préserver des savoirs locaux, car la plupart de ces plantes sont cultivées depuis longtemps par des populations qui en maîtrisent l'usage.
Leur développement suppose toutefois de la recherche agronomique, des filières de semences et de transformation, et une acceptation par les consommateurs. La question rejoint celle, plus large, de la souveraineté alimentaire et de la place des produits de terroir, que l'on retrouve jusque dans nos savoir-faire artisanaux du Gers : une agriculture diversifiée et ancrée dans son territoire résiste souvent mieux aux crises.
Questions fréquentes
Combien de personnes souffrent de la faim dans le monde ?
Selon les Nations unies, environ 768 millions de personnes étaient sous-alimentées en 2020, dont environ 418 millions en Asie, 282 millions en Afrique et 60 millions en Amérique latine et dans les Caraïbes. Ces chiffres sont mis à jour chaque année dans les rapports de l'ONU.
Qu'est-ce qu'un cucamelon ?
Le cucamelon (Melothria scabra) est une petite cucurbitacée originaire du Mexique et d'Amérique centrale. Ses fruits, de la taille d'un grain de raisin, ont l'aspect de mini-pastèques et un goût de concombre citronné. La plante résiste bien à la sécheresse et aux ravageurs.
Pourquoi l'ensete est-il appelé faux bananier ?
L'ensete ressemble beaucoup à un bananier et appartient à la même famille, mais ses fruits ne sont pas consommés. On utilise sa tige et sa base riche en amidon, transformées en bouillie ou en pain. En Éthiopie, il nourrit des millions de personnes.
Quelles plantes résistent le mieux à la sécheresse pour l'alimentation ?
Parmi les plantes mises en avant par le Forum économique mondial figurent le cucamelon, la mashua, le pandanus et l'ensete. Elles combinent une bonne valeur nutritive et une tolérance à la sécheresse, aux sols pauvres ou aux conditions extrêmes.
Sources et pour aller plus loin
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