Guerre en Ukraine : l'impact sur les systèmes alimentaires mondiaux

La guerre déclenchée par la Russie en février 2022 a désorganisé l'un des principaux greniers agricoles de la planète. L'Ukraine exportait massivement du blé, du maïs et de l'huile de tournesol ; le blocage de ses ports et la désorganisation des semis ont réduit l'offre mondiale au moment où les prix alimentaires, déjà élevés depuis la pandémie, atteignaient des records, avec un risque accru pour les pays importateurs.
- Avant la guerre, l'Ukraine comptait parmi les tout premiers exportateurs mondiaux de blé, de maïs et d'huile de tournesol.
- Les prix alimentaires mondiaux montaient depuis le second semestre 2020 et ont atteint un record début 2022, selon la FAO.
- Le blocage des exportations ukrainiennes a surtout menacé les pays importateurs d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
- La flambée de l'énergie a fait bondir le prix des engrais azotés, ce qui pèse sur les récoltes suivantes.
- En Europe, l'huile de tournesol a été le produit le plus visiblement touché dans les rayons.
Sommaire
- Pourquoi l'Ukraine pèse-t-elle autant dans l'alimentation mondiale ?
- Qu'est-ce qui a été perturbé par la guerre ?
- Quels produits ont été les plus touchés ?
- Pourquoi les prix ont-ils atteint des records ?
- Quelles conséquences pour les pays importateurs et pour l'Europe ?
- Quelles réponses ont été apportées ?
Pourquoi l'Ukraine pèse-t-elle autant dans l'alimentation mondiale ?
L'Ukraine dispose de vastes plaines aux sols noirs très fertiles, les tchernozioms, qui en ont fait l'un des greniers de l'Europe. Avant l'invasion russe de février 2022, le pays figurait parmi les principaux exportateurs mondiaux de céréales et d'oléagineux. Il fournissait une part importante du blé échangé sur les marchés internationaux (environ un dixième selon les estimations les plus citées à l'époque), une part plus importante encore du maïs, et il était le premier exportateur mondial d'huile de tournesol.
Ses clients étaient nombreux et variés. L'Union européenne, la Chine, l'Inde, l'Égypte et la Turquie figuraient parmi ses principaux débouchés. Pour plusieurs pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, le blé ukrainien, souvent associé au blé russe, constituait une base essentielle de l'approvisionnement en pain et en semoule. La gastronomie ukrainienne elle-même, que l'on retrouve dans les livres de cuisine ukrainiens, repose largement sur ces céréales et sur l'huile de tournesol.
La Russie étant elle aussi un très grand exportateur de blé et d'engrais, la guerre a touché d'un coup deux acteurs majeurs du commerce agricole mondial.
Qu'est-ce qui a été perturbé par la guerre ?
Les effets se sont fait sentir à plusieurs niveaux, du champ jusqu'au port.
- La logistique : les ports de la mer Noire, par lesquels transitait l'essentiel des exportations ukrainiennes, ont été fermés ou bloqués dans les premiers mois du conflit. Des millions de tonnes de grains sont restées stockées dans le pays.
- Les récoltes en cours : d'après les analyses publiées au printemps 2022, l'Ukraine avait déjà exporté une grande partie de son blé de la campagne 2021-2022 avant l'invasion, mais le reste s'est retrouvé bloqué.
- Les semis et les récoltes suivantes : combats, champs minés, mobilisation des agriculteurs, manque de carburant et d'engrais ont compromis les semis de printemps et les moissons de l'été.
- Les intrants : les engrais, dont la fabrication dépend fortement du gaz naturel, ont vu leurs prix exploser avec la crise énergétique.
Maximo Torero, économiste en chef de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), a mis en garde dès les premières semaines du conflit contre le risque de voir le monde basculer dans une crise alimentaire si la situation se prolongeait.
La vidéo ci-dessous revient sur ces enjeux au début du conflit.
Quels produits ont été les plus touchés ?
| Produit | Place de l'Ukraine avant 2022 | Principale conséquence |
|---|---|---|
| Blé | Grand exportateur, surtout vers l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient | Hausse des cours, inquiétude des pays importateurs |
| Maïs | Grand exportateur, notamment vers l'Union européenne | Tension sur l'alimentation animale |
| Huile de tournesol | Premier exportateur mondial | Pénuries ponctuelles en rayon en Europe |
| Orge | Exportateur important | Hausse des cours |
Le maïs ukrainien servait en grande partie à l'alimentation animale en Europe : sa raréfaction a donc renchéri le coût de production de la viande, du lait et des œufs. L'huile de tournesol a été le cas le plus visible pour les consommateurs européens. La fédération européenne des huiles végétales et des farines protéiques (FEDIOL) a alerté début mars 2022 sur l'arrêt des expéditions ukrainiennes vers les ports européens et sur des stocks qui ne couvriraient que quelques semaines. Les industriels ont alors dû reformuler certains produits, en remplaçant le tournesol par d'autres huiles, ce qui a entraîné des modifications d'étiquetage.
Pourquoi les prix ont-ils atteint des records ?
La guerre n'a pas créé seule la hausse des prix : elle l'a amplifiée. Selon la FAO, l'indice des prix des produits alimentaires progressait depuis le second semestre 2020, sous l'effet de la reprise économique après les confinements, des perturbations logistiques liées à la pandémie, de mauvaises récoltes dans plusieurs régions et de la hausse de l'énergie. Cet indice a atteint un record en février 2022, juste avant l'invasion, puis a encore progressé en mars.
Les huiles végétales avaient déjà connu une forte hausse en 2021. Les engrais azotés, comme l'urée, ont vu leur prix bondir au cours de la même période en raison de l'envolée du gaz. Or un engrais plus cher, c'est un risque de rendements plus faibles l'année suivante, si les agriculteurs réduisent les doses : la crise des intrants menaçait donc de prolonger la crise des récoltes.
Quelles conséquences pour les pays importateurs et pour l'Europe ?
Les pays les plus exposés sont ceux qui importent une grande partie de leurs céréales et consacrent déjà une part importante de leur budget à l'alimentation. En Afrique du Nord, au Proche-Orient ou dans certains pays d'Afrique subsaharienne, la hausse du prix du pain a un impact social direct. Les organisations internationales ont alors craint une aggravation de l'insécurité alimentaire. Nous avons consacré un article aux aliments pouvant aider face à l'insécurité alimentaire.
En Europe, l'enjeu n'a pas été la disponibilité du pain, l'Union étant largement autosuffisante en blé, mais le coût de l'alimentation animale, des huiles et de l'énergie. L'inflation alimentaire a nettement accéléré en 2022, touchant aussi les restaurateurs, les producteurs et l'ensemble de la filière agroalimentaire, y compris les viticulteurs confrontés à la hausse du verre, de l'énergie et des engrais.
Quelles réponses ont été apportées ?
Plusieurs dispositifs ont tenté de limiter les dégâts. L'Union européenne a mis en place des « corridors de solidarité » pour faire sortir une partie des grains ukrainiens par la route, le rail et le Danube. À l'été 2022, un accord conclu sous l'égide des Nations unies et de la Turquie a permis la reprise d'exportations par la mer Noire pendant plusieurs mois. Ces solutions sont restées partielles et fragiles.
Cette crise a surtout rappelé la dépendance de nombreux pays à quelques grands bassins exportateurs, et relancé le débat sur la souveraineté alimentaire, la diversification des approvisionnements et la réduction de la dépendance aux engrais de synthèse.
Questions fréquentes
Quelle part du blé mondial l'Ukraine exportait-elle avant la guerre ?
Les estimations les plus reprises au début de 2022 attribuaient à l'Ukraine environ un dixième des exportations mondiales de blé. Avec la Russie, les deux pays représentaient une part bien plus importante du commerce international, ce qui explique l'inquiétude des marchés dès le début du conflit.
Pourquoi l'huile de tournesol a-t-elle manqué en France en 2022 ?
L'Ukraine était le premier exportateur mondial d'huile de tournesol et un fournisseur majeur de l'Europe. Le blocage des ports a interrompu les livraisons, les stocks des industriels ont fondu en quelques semaines et certains produits ont été reformulés avec d'autres huiles.
La guerre est-elle la seule cause de la hausse des prix alimentaires ?
Non. Selon la FAO, les prix augmentaient depuis le second semestre 2020 en raison de la reprise post-pandémie, des perturbations logistiques, de récoltes décevantes et du coût de l'énergie. La guerre a amplifié une tendance déjà installée.
Pourquoi le prix des engrais compte-t-il autant ?
La fabrication des engrais azotés dépend fortement du gaz naturel. Quand l'énergie flambe, les engrais renchérissent, les agriculteurs peuvent en réduire l'usage et les rendements des récoltes suivantes risquent de baisser, ce qui prolonge la tension sur les prix.
Sources et pour aller plus loin
À lire aussi

Gâteau aux pruneaux d'Agen, amandes et armagnac : la recette
Recette du gâteau aux pruneaux d'Agen, poudre d'amande et armagnac : ingrédients, étapes, cuisson, conservation, et l'histoire du pruneau d'Agen.

Armagnac et cuisine de Gascogne : la fierté gourmande du Sud-Ouest
Foie gras, pruneaux, croustade : pourquoi l'Armagnac est au cœur de la table gasconne, comment il est élaboré et comment lire son étiquette.

Cuisine et gastronomie en Armagnac : les plats gascons à connaître
Garbure, salmis de palombe, confits, foie gras, croustade : les spécialités de la cuisine gasconne en pays d'Armagnac et la place de l'armagnac à table.

Tourtière landaise aux pommes et à l'Armagnac : recette et histoire
La tourtière landaise, ou pastis gascon, est un dessert de pâte étirée très fine, de pommes et d'Armagnac. Histoire, fêtes et étapes de la recette.