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Gel de printemps : des vignerons belges misent sur l'infrarouge

Par la rédaction de Pays d'ArmagnacPublié le Mis à jour le 5 min de lecture
Gel de printemps : des vignerons belges misent sur l'infrarouge
Réponse courte

Pour protéger leurs vignes des gelées de printemps, des vignerons belges ont adopté au printemps 2022 un système de bandes lumineuses infrarouges mis au point par de jeunes ingénieurs gantois. Tendues le long des rangs, près des bourgeons, ces LED diffusent une chaleur ciblée. Présentée comme plus économique et plus durable que les bougies ou l'aspersion, la technique reste récente et son efficacité à grande échelle doit encore être confirmée.

À retenir
  • Les gelées tardives, après le débourrement, peuvent détruire une grande partie d'une récolte en une seule nuit.
  • Le système belge repose sur des bandes LED infrarouges fixées le long des fils, au plus près des jeunes pousses.
  • Le domaine wallon des Agaises, producteur des effervescents Ruffus, a utilisé cette technologie au printemps 2022.
  • Les méthodes classiques (bougies, aspersion, tours antigel) restent les plus répandues, chacune avec ses coûts et ses limites.
  • Les petits domaines misent souvent sur la prévention : choix de la parcelle, taille tardive, enherbement court.
Sommaire
  1. Pourquoi le gel de printemps menace-t-il autant les vignes ?
  2. Comment fonctionne la protection infrarouge ?
  3. Qui utilise déjà cette technologie en Belgique ?
  4. Infrarouge, bougies, aspersion : quelles méthodes contre le gel ?
  5. Quels sont les risques pour les domaines qui ne sont pas équipés ?
  6. Une réponse au changement climatique ?

Pourquoi le gel de printemps menace-t-il autant les vignes ?

Le danger ne vient pas du froid de l'hiver, que la vigne supporte bien lorsqu'elle est en dormance, mais des gelées tardives d'avril ou de mai. Après le débourrement, les bourgeons ouverts et les jeunes feuilles sont gorgés d'eau : quelques heures sous zéro suffisent à les brûler. Si le bourgeon principal est détruit, la vigne peut repartir sur des bourgeons secondaires, mais ceux-ci portent généralement moins de raisins.

Les gelées les plus redoutées sont les gelées dites « radiatives » : par nuit claire et sans vent, le sol perd sa chaleur, l'air froid, plus lourd, s'accumule au ras du sol et dans les bas de pente. C'est précisément à cette hauteur que se trouvent les bourgeons. Au printemps 2022, après une période de températures très basses, la question s'est posée avec acuité dans le jeune vignoble belge, comme dans de nombreuses régions françaises. Notre article sur les intempéries qui menacent les vignobles français montre que le problème dépasse largement la Belgique.

Comment fonctionne la protection infrarouge ?

La solution a été développée en Flandre par deux jeunes ingénieurs de Gand. Le principe est simple : plutôt que de réchauffer l'air de toute une parcelle, on chauffe directement les organes à protéger. Des bandes de LED spéciales, accrochées aux fils de palissage, émettent un rayonnement infrarouge qui produit de la chaleur au contact des bourgeons et des rameaux.

Selon les explications données à la RTBF par la direction du Vignoble des Agaises, les bandes ont été installées le long des rangs, à proximité immédiate des baguettes (les bois taillés qui portent les bourgeons de l'année). Placée ainsi, la source de chaleur protège les pousses du froid sans les brûler. Les concepteurs mettent en avant trois arguments :

  • un coût présenté comme inférieur à celui de nombreuses techniques existantes ;
  • une consommation d'énergie ciblée, là où les bougies brûlent un combustible en plein air ;
  • l'absence de fumée et de consommation d'eau.

Ils ont aussi souligné, non sans humour, que l'installation offre un joli spectacle lumineux la nuit dans les vignes.

Qui utilise déjà cette technologie en Belgique ?

Plusieurs grands vignobles du pays ont décidé d'essayer la technique flamande, et les premiers retours paraissaient favorables au printemps 2022. Elle a aussi franchi la frontière linguistique : le Vignoble des Agaises, en Wallonie, dans le sud du pays, produit des vins effervescents sous la marque Ruffus. Cette année-là, sa production a été préservée grâce aux bandes infrarouges conçues en Flandre.

Ce choix n'est pas anodin. Pour un domaine qui élabore des effervescents, perdre une récolte signifie aussi un trou dans les stocks de vins de base et dans les assemblages des années suivantes. La viticulture belge, en forte croissance, attire des investissements importants, et la protection contre le gel fait partie des postes que les domaines les plus structurés peuvent se permettre. Pour comprendre cet essor, lisez notre article sur la Belgique, nouveau territoire viticole.

Infrarouge, bougies, aspersion : quelles méthodes contre le gel ?

L'infrarouge s'ajoute à une panoplie de méthodes déjà connues des vignerons. Aucune n'est parfaite : chacune dépend du type de gel, de la taille du domaine et des moyens disponibles.

Méthode Principe Points forts Limites
Bougies ou pots à feu Combustion au sol entre les rangs Efficace par gel radiatif, mise en place rapide Coût du combustible, fumées, main-d'œuvre nocturne
Aspersion d'eau L'eau qui gèle libère de la chaleur et forme une gangue protectrice Très efficace si bien maîtrisée Gros besoins en eau, risque de casse sous le poids de la glace
Tours antigel (éoliennes) Brassage de l'air chaud situé en hauteur avec l'air froid du sol Couvre une grande surface Inopérant sans inversion de température, bruit, investissement
Câbles chauffants Fil électrique chauffant le long du rang Chaleur ciblée Consommation électrique, installation
Bandes LED infrarouges Rayonnement infrarouge dirigé vers les bourgeons Chaleur ciblée, sans fumée ni eau Technique récente, recul limité
Conduite haute Cordon situé à environ 2,5 m du sol Bourgeons hors de la couche d'air la plus froide Change toute la conduite de la vigne

Les concepteurs belges présentent leur système comme plus durable que les pots à feu, la pulvérisation d'eau ou la culture de vignes hautes. Il faudra toutefois plusieurs saisons de recul, et des mesures indépendantes, pour comparer réellement la consommation d'énergie et l'efficacité par nuit de forte gelée.

Quels sont les risques pour les domaines qui ne sont pas équipés ?

Beaucoup de petits viticulteurs belges n'ont pas encore investi dans une protection active. Au printemps 2022, les propriétaires d'un vignoble situé à une quarantaine de kilomètres de Bruxelles, interrogés par l'agence Belga, jugeaient trop tôt pour mesurer l'ampleur des dégâts à l'échelle du pays. Ils rappelaient que, lors de certaines années récentes, des vignobles avaient perdu plus de la moitié de leur production à cause de gelées tardives.

Leur domaine, planté sur une colline escarpée exposée au sud, est moins exposé : l'air froid glisse vers le bas de la pente au lieu de stagner autour des ceps. Pour le reste, ils misent sur la prévention :

  1. Garder l'herbe courte entre les rangs : un couvert haut retient l'humidité et limite la remontée de chaleur du sol pendant la nuit.
  2. Tailler très tard, en février-mars : une taille tardive retarde le débourrement de quelques jours, ce qui peut suffire à passer la période la plus risquée.
  3. Entretenir les bordures végétales autour du vignoble de façon à ce que l'air froid puisse s'écouler au lieu de se retrouver piégé dans la parcelle.

Ces gestes ne coûtent presque rien, mais ils ne protègent pas d'un gel intense. Ils rappellent aussi que l'emplacement de la parcelle reste le premier moyen de lutte : les vignerons de toutes les régions évitent depuis longtemps les fonds de vallée, où l'air froid s'accumule. Pour les gestes de printemps, voir aussi nos conseils pour un débourrement réussi.

Une réponse au changement climatique ?

Le paradoxe est connu : le réchauffement avance la date du débourrement, ce qui expose davantage les jeunes pousses aux dernières nuits froides du printemps. Dans les vignobles septentrionaux comme la Belgique, où la saison de végétation est plus courte, chaque bourgeon perdu pèse lourd sur le volume final. Des solutions ciblées comme l'infrarouge répondent à ce besoin, à condition que leur coût reste accessible et que leur bilan énergétique soit démontré. En attendant, les vignerons combinent souvent plusieurs approches : prévention culturale, choix de cépages à débourrement tardif et, pour les parcelles les plus exposées, une protection active.

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Cet article est informatif : Pays d'Armagnac ne vend pas d'alcool.

Questions fréquentes

À quelle température la vigne gèle-t-elle au printemps ?

Il n'y a pas de seuil unique : la sensibilité dépend du stade de développement. Un bourgeon encore fermé supporte bien des températures négatives, alors qu'une jeune pousse ouverte est abîmée par un gel léger de quelques heures. L'humidité de l'air, le vent et la durée de l'épisode comptent autant que la température minimale relevée.

Les bandes infrarouges fonctionnent-elles contre tous les types de gel ?

Elles sont conçues pour chauffer les bourgeons de façon ciblée, ce qui convient aux gelées radiatives par nuit claire. Leur efficacité face à une gelée advective, lorsqu'une masse d'air très froid et venteuse envahit la région, n'est pas documentée publiquement. La technique étant récente, il faut encore plusieurs saisons de recul.

Pourquoi une taille tardive protège-t-elle du gel ?

Tailler tard, en février ou mars, retarde légèrement le débourrement des bourgeons. Les jeunes pousses sortent alors quelques jours plus tard, ce qui peut suffire à éviter les dernières nuits froides. Cette méthode n'empêche pas les dégâts d'une gelée tardive sévère, mais elle réduit le risque à faible coût.

Qu'est-ce que le Ruffus ?

Ruffus est la marque des vins effervescents du Vignoble des Agaises, un domaine situé en Wallonie, dans le sud de la Belgique. Au printemps 2022, ce domaine a utilisé les bandes infrarouges développées en Flandre pour protéger sa récolte des gelées tardives.

Sources et pour aller plus loin

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