Poule au pot gasconne : la recette traditionnelle et son histoire

La poule au pot gasconne est une poule farcie (jambon de Bayonne, foies, pain trempé, œufs, ail, persil) pochée lentement à frémissement, pendant deux heures et demie à trois heures, avec carottes, poireaux, navets, céleri et oignon piqué de clous de girofle. On sert d'abord le bouillon, puis la viande, la farce et les légumes, avec une sauce blanche ou une vinaigrette aux œufs.
- La phrase sur « la poule au pot le dimanche » est attribuée par la tradition à Henri IV, sans texte de sa main qui la confirme.
- Une vraie poule, plus ferme et plus goûteuse, demande une cuisson longue ; un poulet fermier cuit plus vite mais donne un bouillon moins corsé.
- La farce au jambon de Bayonne, aux foies et au pain trempé fait la signature béarnaise et gasconne du plat.
- Le bouillon ne doit jamais bouillir à gros bouillons : un frémissement régulier garde la chair moelleuse et le bouillon clair.
- Le repas se déroule en deux temps : le bouillon en entrée, puis la volaille, la farce et les légumes avec leur sauce.
Aller directement à la recette
Sommaire
- D'où vient la poule au pot et que dit vraiment la légende d'Henri IV ?
- Poule ou poulet fermier : quelle volaille choisir ?
- Comment réussir la farce béarnaise ?
- Quels légumes et quel bouillon ?
- Sauce blanche ou vinaigrette aux œufs ?
- Comment servir la poule au pot ?
- Comment conserver les restes ?
- Quelles variantes de la poule au pot ?
D'où vient la poule au pot et que dit vraiment la légende d'Henri IV ?
La poule au pot est l'un des plats les plus emblématiques du Sud-Ouest, et surtout du Béarn et de la Gascogne voisine. Sa célébrité tient à une phrase qu'aurait prononcée Henri IV, né à Pau : le roi aurait souhaité que chaque paysan de son royaume puisse mettre « la poule au pot le dimanche ». La formule est restée comme le symbole d'un souverain soucieux du sort des campagnes.
Il faut pourtant la lire avec prudence. Aucun écrit de la main du roi ne la contient : elle est rapportée par des auteurs postérieurs à son règne, en particulier par son biographe Hardouin de Péréfixe, plusieurs décennies après l'assassinat d'Henri IV. Il s'agit donc d'une tradition attribuée plutôt que d'une citation établie. Ce qui est sûr, c'est que le plat lui-même appartient bien à la cuisine paysanne du Sud-Ouest : une vieille poule qui ne pondait plus, cuite longuement avec les légumes du potager, nourrissait toute une famille le jour du repos.
Le plat s'inscrit dans la même logique que la garbure gasconne : un pot qui mijote des heures sur le feu, des produits de la ferme, rien de perdu. Pour situer cette recette dans son contexte, notre dossier sur la cuisine gasconne, un patrimoine gastronomique retrace les grandes familles de plats de la région.
Poule ou poulet fermier : quelle volaille choisir ?
Le nom du plat le dit : la recette d'origine se fait avec une poule, c'est-à-dire une femelle adulte, souvent une pondeuse de réforme. Sa chair est plus ferme, plus grasse et plus parfumée que celle d'un poulet, et elle a besoin d'une cuisson longue pour devenir tendre. C'est elle qui donne au bouillon sa couleur dorée et sa profondeur.
La poule se trouve chez les volaillers, sur les marchés ou directement chez les éleveurs, mais elle est devenue plus rare en grande surface. À défaut, un poulet fermier élevé en plein air fait l'affaire. Il faut alors raccourcir nettement la cuisson, sous peine d'obtenir une chair qui se défait et sèche.
| Critère | Poule | Poulet fermier |
|---|---|---|
| Poids courant pour 6 | 2 à 2,5 kg | 2 kg environ |
| Temps de pochage | 2 h 30 à 3 h | 1 h 15 à 1 h 30 |
| Texture de la chair | Ferme, un peu fibreuse | Tendre, plus fragile |
| Bouillon | Riche, gras, très parfumé | Plus léger |
| Disponibilité | Volailler, marché, ferme | Partout |
Demandez la volaille avec ses abats : le foie et le gésier entrent dans la farce. Si vous n'en avez pas assez, complétez avec quelques foies de volaille achetés à part.
Comment réussir la farce béarnaise ?
La farce distingue la poule au pot du Sud-Ouest d'une simple volaille bouillie. Sa base est presque toujours la même : du jambon de Bayonne haché, les foies de la volaille, de la mie de pain rassis trempée dans du lait, des œufs pour lier, de l'ail et du persil. Le jambon apporte le sel et le goût de séchoir ; c'est pourquoi on sale la farce avec beaucoup de retenue.
Quelques conseils pour qu'elle se tienne :
- Essorez bien le pain après trempage : une mie trop mouillée rend la farce molle et elle s'échappe à la cuisson.
- Hachez au couteau plutôt qu'au mixeur pour garder un peu de texture.
- Ne remplissez pas la volaille à ras bord : la farce gonfle légèrement en cuisant.
- Fermez soigneusement l'ouverture par une couture à la ficelle de cuisine, ou avec des piques, puis bridez la volaille pour qu'elle garde sa forme.
S'il reste de la farce, de nombreuses familles l'enveloppent dans de grandes feuilles de chou blanchies, ou dans un linge, et la font pocher à part dans le bouillon. Elle se sert ensuite en tranches avec le reste.
Quels légumes et quel bouillon ?
Le bouillon se construit avec des légumes simples : carottes, poireaux, navets, céleri en branche et un oignon piqué de clous de girofle, complétés d'un bouquet garni, de grains de poivre et de gros sel. Certaines recettes ajoutent un morceau de chou, des pommes de terre ou une gousse d'ail entière.
Deux principes comptent plus que la liste exacte :
- Partir à l'eau froide pour la volaille, puis écumer soigneusement à l'approche de l'ébullition : c'est le secret d'un bouillon limpide.
- Ajouter les légumes en cours de route et non dès le départ, pour qu'ils restent entiers et ne fondent pas pendant trois heures.
Le frémissement est la règle d'or : la surface doit à peine trembler. Un bouillonnement fort trouble le bouillon, durcit la chair et peut faire éclater la couture de la farce.
Sauce blanche ou vinaigrette aux œufs ?
Chaque famille a sa sauce, et c'est sans doute là que les traditions divergent le plus. Deux grandes options dominent.
- La sauce blanche : un roux blond mouillé avec le bouillon de cuisson, enrichi d'un jaune d'œuf ou d'un peu de crème, parfois relevé d'un filet de citron. C'est la version la plus proche d'une sauce suprême.
- La vinaigrette aux œufs, proche d'une sauce gribiche : des œufs durs écrasés, de la moutarde, du vinaigre, de l'huile, des cornichons, des câpres et des herbes. Sa vivacité équilibre bien le gras de la poule et de la farce.
En Béarn, on rencontre aussi une sauce tomate servie à côté. Rien n'empêche de proposer deux sauces à table.
Comment servir la poule au pot ?
Le service se fait traditionnellement en deux temps. On commence par le bouillon, filtré et dégraissé, servi bien chaud, souvent garni de vermicelles ou versé sur une tranche de pain grillé. Vient ensuite le plat : la volaille découpée, la farce tranchée et les légumes, avec la sauce, du gros sel et des cornichons.
Côté verre, un vin blanc sec du Sud-Ouest, par exemple un côtes-de-gascogne ou un jurançon sec, accompagne bien la chair blanche et la farce. Pour aller plus loin sur la table régionale, voir aussi notre article sur la cuisine et la gastronomie en Armagnac.
Comment conserver les restes ?
La poule au pot se prête très bien aux restes, et certains la trouvent même meilleure le lendemain.
- Viande et farce : au réfrigérateur, dans une boîte fermée, avec un peu de bouillon pour éviter qu'elles ne sèchent ; à consommer dans les deux à trois jours.
- Bouillon : laissez-le refroidir rapidement puis réfrigérez-le ; la graisse figée en surface se retire alors facilement. Il se congèle très bien en portions.
- Recyclage : la chair effilochée fait d'excellentes croquettes, un hachis parmentier, une salade tiède ou une garniture de tourte ; le bouillon sert de base aux soupes et aux risottos.
Quelles variantes de la poule au pot ?
Le plat connaît de nombreuses déclinaisons selon les vallées et les familles. Certains glissent sous la peau ou dans la farce quelques lamelles de lard, d'autres remplacent une partie du jambon par de la chair à saucisse. On croise aussi des versions où l'on ajoute au bouillon un morceau de jarret de veau ou de bœuf pour l'enrichir, comme dans un pot-au-feu. Une poule au riz, où la volaille pochée est servie sur un riz cuit dans son bouillon, est une cousine proche et plus rapide à servir. Enfin, pour une table de fête, le bouillon peut être déglacé d'un trait de vin blanc en fin de cuisson : notre guide pour cuisiner avec du vin blanc sec ou doux aide à choisir la bouteille.
La recette
Ingrédients
- 1 poule de 2 à 2,5 kg avec ses abats (ou 1 poulet fermier de 2 kg)
- 150 g de jambon de Bayonne
- 2 foies de volaille (en plus du foie de la poule)
- 150 g de pain rassis
- 10 cl de lait
- 2 œufs
- 3 gousses d'ail
- 1/2 bouquet de persil plat
- 6 carottes
- 4 poireaux
- 3 navets
- 2 branches de céleri
- 1 oignon piqué de 3 clous de girofle
- 1 bouquet garni (thym, laurier, queues de persil)
- 10 grains de poivre noir
- 1 cuillère à soupe de gros sel
- 80 g de vermicelles (pour le bouillon, facultatif)
- Pour la sauce aux œufs : 3 œufs durs, 1 cuillère à café de moutarde, 2 cuillères à soupe de vinaigre de vin, 12 cl d'huile, 6 cornichons, 1 cuillère à soupe de câpres, ciboulette et persil
- Sel fin et poivre
Préparation
- Faites tremper le pain dans le lait 10 minutes, puis essorez-le. Hachez au couteau le jambon, le foie et le gésier de la poule et les foies de volaille, l'ail et le persil.
- Mélangez ce hachis avec le pain essoré et les 2 œufs, poivrez et salez très peu (le jambon est déjà salé).
- Farcissez la poule sans trop tasser, cousez l'ouverture à la ficelle de cuisine et bridez la volaille.
- Placez la poule dans un grand faitout, couvrez-la d'eau froide (environ 4 litres), ajoutez l'oignon piqué, le bouquet garni, le poivre et le gros sel. Portez doucement à frémissement en écumant soigneusement.
- Laissez frémir à couvert entrouvert pendant 1 heure 30, sans jamais faire bouillir fort.
- Ajoutez les carottes, les poireaux ficelés en botte, les navets et le céleri, puis poursuivez la cuisson à frémissement 1 heure 30 (comptez en tout 1 heure 15 à 1 heure 30 seulement pour un poulet fermier, légumes ajoutés après 30 minutes).
- Pendant ce temps, préparez la sauce : écrasez les jaunes d'œufs durs avec la moutarde et le vinaigre, montez à l'huile comme une mayonnaise, puis ajoutez les blancs hachés, les cornichons, les câpres et les herbes ciselées.
- Prélevez environ 1,5 litre de bouillon, filtrez-le, dégraissez-le et faites-y cuire les vermicelles 5 minutes ; servez-le en premier.
- Servez ensuite la poule découpée, la farce tranchée et les légumes bien chauds, avec la sauce, du gros sel et un peu de bouillon.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Cet article est informatif : Pays d'Armagnac ne vend pas d'alcool.
Questions fréquentes
Henri IV a-t-il vraiment parlé de la poule au pot ?
La phrase sur « la poule au pot le dimanche » lui est attribuée par la tradition et rapportée par des auteurs postérieurs, notamment son biographe Hardouin de Péréfixe. Aucun texte de sa main ne la confirme. Elle exprime surtout l'image d'un roi attentif à la prospérité des campagnes, image entretenue après sa mort.
Peut-on faire la poule au pot avec un poulet ?
Oui, un poulet fermier élevé en plein air convient très bien. La chair est plus tendre et cuit beaucoup plus vite : comptez environ 1 heure 15 à 1 heure 30 de frémissement au lieu de 2 heures 30 à 3 heures. Le bouillon sera un peu moins riche ; un morceau de jarret de veau peut le corser.
Pourquoi le bouillon de ma poule au pot est-il trouble ?
Un bouillon trouble vient presque toujours d'une ébullition trop forte ou d'un écumage insuffisant. Partez à l'eau froide, écumez soigneusement avant le frémissement et gardez ensuite une surface qui tremble à peine. Un passage au chinois tapissé d'un linge fin améliore encore la limpidité.
Combien de temps se conserve la poule au pot ?
La viande, la farce et les légumes se gardent deux à trois jours au réfrigérateur dans une boîte fermée, de préférence nappés d'un peu de bouillon. Le bouillon refroidi rapidement se conserve aussi quelques jours au froid, et se congèle sans difficulté en portions pour des soupes ultérieures.
Quelle sauce servir avec la poule au pot ?
Les deux grandes options sont la sauce blanche, liée au roux et mouillée au bouillon, et une vinaigrette aux œufs durs proche de la sauce gribiche, avec cornichons, câpres et herbes. En Béarn, une sauce tomate accompagne aussi parfois le plat. Proposer deux sauces à table satisfait tout le monde.
Sources et pour aller plus loin
À lire aussi

Garbure gasconne : la recette traditionnelle et ses origines
Recette de la garbure gasconne pour 6 : chou, haricots tarbais, confit de canard, jambon et ventrèche. Origines, versions du Gers et du Béarn, chabrot.

Tourtière landaise aux pommes et à l'Armagnac : recette et histoire
La tourtière landaise, ou pastis gascon, est un dessert de pâte étirée très fine, de pommes et d'Armagnac. Histoire, fêtes et étapes de la recette.

Croustade gasconne aux pommes et à l'armagnac : la recette
Recette de la croustade gasconne (pastis gascon) aux pommes et à l'armagnac : origine, pâte étirée ou filo, quantités pour 6 à 8, variante pruneaux.

Magret de canard aux pruneaux et à l'armagnac : la recette gasconne
Magret de canard sauce pruneaux d'Agen et armagnac pour 4 : choisir le magret, quadriller la peau, cuisson rosée, repos, sauce et vins du Sud-Ouest.